EPNAK Un peu d’histoire



Antoine KOENIGSWARTER (1826-1885)


Extrait du codicille au testament de Monsieur Antoine Koenigswarter du 9 novembre 1883

" Ce que j'en ai en vu, c'est autant qu'il sera possible d'assurer à la fondation charitable projetée une impulsion franchement libérale et éclairée, se maintenant à égale distance de toutes tendances exclusives et excessives, de quelque côté que celles-ci puissent surgir… ".


Antoine KOENIGSWARTER, riche banquier de son état a souhaité léguer à l’Etat Français la somme d’un Million de francs, afin que soit créé un « Asile spécialement agricole » ou seront accueillis « sans distinction de culte », des enfants des deux sexes, orphelins ou abandonnés, âgés de moins de 13 ans.

Le débat qui conduira à la promulgation de la Loi de 1905 agitait la société française de l’époque. Antoine KOENIGSWARTER ne souhaitait pas confier la gestion de cet établissement à l’une des nombreuses congrégations existantes, mais la position jugée « anticléricale » de l’assistance publique l’a conduit à évincer cet organisme public de son testament et à s’adresser directement à l’Etat, non sans faire figurer un certain nombre de conditions…

En particulier en imposant que l’Etablissement soit dirigé par un conseil d’administration dont 5 des 7 membres seraient administrateurs de la « Société générale de protection pour l’enfance abandonnée ou coupable ». Cette société fondée en 1880 et présidée par Georges BONJEAN a organisée en 1883, année du legs, un congrès international de la protection de l’enfance… où des délégations sont mêmes venues « des Amériques » comme l’ont disait alors…

Georges BONJEAN (1848‑1918) « Entre monde judiciaire et philanthropie » (Pascale Quincy-Lefebvre)


1883 c’est aussi l’année du traité de protectorat de la France sur le Tonkin et la Cochinchine… autre monde, autres temps…

Issu d’une famille de magistrats, Georges BONJEAN faisait preuve d’un scepticisme carcéral viscéral lorsque le délinquant était un mineur, mais marqué sans doute par les secousses sociales et politiques de son siècle, il résumera ainsi, peu de temps avant sa mort, son action « J'ai consacré ma vie aux questions sociales dans l'espoir de pacifier les milieux révolutionnaires » (Courrier au Ministre de la Justice, 13 septembre 1913)


Ainsi l’établissement agricole projeté par Antoine Koenigswarter, s’inscrivait dans une « œuvre » un réseau d’orphelinats ou de colonies où « l’armée placerait de jeunes chevaux, pour convertir les enfants en excellents cavaliers…, ainsi l’un portant l’autre ces deux jeunes êtres se formeraient mutuellement à leurs devoirs ultérieurs dans l’armée… », L’ambition n’était ni plus ni moins que « d’envoyer chaque année à l’armée pas moins de 6.000 cavaliers » … (Assemblée Générale de la Société de Protection de l’enfance abandonnée ou coupable 26 février 1888)

A cette époque on recense en France, 1.100 institutions qui accueillent 65.000 enfants.

Installé à Saint André de l’Eure sur une propriété de 100 hectares, au lieu-dit « Le buisson fallu » c'est finalement par un décret en Conseil d'état le 5 Août 1908 qu'a été créé l'Etablissement national de bienfaisance Antoine Koenigswarter.

L’établissement recevait de jeunes orphelins, dont on faisait « de bons ouvriers agricoles » et qui se plaçaient dans les fermes à 14 ans… faisant ainsi écho à ce qu’écrivait un journaliste à propos de ces sociétés « philanthropiques » « Grâce à elles, la race, peut être pittoresque, mais bien triste au fond, du Gavroche, sera d’ici peu sinon disparue, du moins considérablement diminuée »…

S’il a survécu à la 1ère guerre mondiale, la seconde lui fut quasi fatale. La propriété, transformée en terrain d’aviation, accueillait les pilotes allemands, les occupants « légitimes » ont fuis. A l’issue de la guerre elle restera abandonnée une dizaine d’année.

Lorsque l’Etat s’en préoccupa, il chargea Pierre JOIN-LAMBERT (1906-1983), Conseiller d’Etat, de relancer cet établissement. Les locaux originels n’étant plus en état, il se mit à la recherche d’un nouveau lieu et opta pour le Château de Gillevoisin au sud de Paris. Le ministère en finança l’acquisition à l’ordre des Franciscains, la revente des bâtiments originels permit le rachat de la ferme de Chagrenon et le financement de projets ultérieurs.

Le 1er Novembre 1955, l’Etablissement ouvrit ses portes à des adolescents âgés de 14 ans, dont « le quotient intellectuel se situait entre 50 et 75 », autres temps autre mœurs… La vocation agricole avait été maintenue, conformément aux vœux de M Koenigswarter, dont il ne substituait pourtant plus aucun reliquat de la donation originelle.

L’Etablissement se porta acquéreur de la ferme de Chagrenon et l’on se mit à élever des poules, des vaches et des cochons… jusqu’à ce que les attentes des adolescents en matière de formation évoluent et que les ateliers d’apprentissage ouvrent d’autres voies.

L’établissement a ainsi été partie prenante de toutes les évolutions du secteur médico-social et après avoir connu un fort développement et des résultats reconnus dans l'Essonne, il a pris un nouveau tournant important en 2001 avec la reprise, à la demande de l'Etat, des établissements APAJH89.

Dès les premiers jours de cette reprise, l’EPNAK se trouve dans une situation paradoxale « les véhicules et les lieux ne nous appartiennent pas, nous sommes occupants sans titre, sans finances, avec juste une mission. », (Aline Ferrand, présidente du Conseil d’administration). De nombreux procès dont la presse se fera l’écho vont ponctuer dix ans d’une longue bataille juridique.

Mais outre la dimension juridico-financière, intervenir à cette époque dans l’Yonne dans le champ du handicap, c’est accepter de fait le lourd contexte lié à « L’affaire des disparues ». L’Etablissement a dû incarner au quotidien la mission qui lui était confiée « Préserver l’intérêt matériel et moral des personnes accueillies » en réinventant le principe qui avait présidé à sa création « Trouver la juste distance à l’égard de toutes tendances exclusives et excessives ».

Aujourd’hui de nouveaux challenges se présentent, mais ceci est une autre histoire…

Du legs originel, nous conservons la volonté de conserver institutionnellement et professionnellement une « juste distance » dans l’exercice de nos missions.

Notre pratique s’inscrit dans un état d’esprit qui se veut proactif, en faisant preuve d’Engagement, d’Audace et d’Agilité.

Le dernier décret (20 novembre 2017) place l’établissement, sous la tutelle de l’Agence Régionale de Santé de Bourgogne Franche-Comté. Ce décret définit et précise la mission principale de l’EPNAK :

Accueillir et accompagner des enfants, des adolescents et des adultes handicapés et contribuer à leur insertion sociale et professionnelle.

 

Nos accompagnements pour et avec la personne se déclinent autour de :

  • L’éducation et la socialisation
  • La formation, la reconversion professionnelle, l’insertion vers et dans l’emploi
  • L’adaptation permanente des réponses aux besoins des personnes
  • L’autonomie par le logement et la participation sociale
  • La fluidité des parcours de vie et la construction de partenariats durables
  • La mise en œuvre de soins adaptés
  • L’inclusion dans les dispositifs de droit commun

Réalisation et hébergement : Ambrey